
Violence à l’école: les données scientifiques sont sans équivoque
TVA Nouvelles
Les témoignages se multiplient : enseignants bousculés, menaces proférées, crises incontrôlées, climat d’insécurité qui s’installe insidieusement. Ce que plusieurs constatent sur le terrain n’est ni exagéré ni anecdotique : la violence à l’école est devenue un enjeu structurel dont les conséquences dépassent largement l’incident ponctuel.
Les données scientifiques sont claires. Les analyses de l’OCDE fondées sur les enquêtes PISA (2018, 2022) montrent que le sentiment de sécurité à l’école est fortement associé au bien-être, au sentiment d’appartenance et à l’engagement scolaire des élèves.
À l’inverse, l’exposition à l’intimidation est liée à une baisse significative de la motivation et de la performance académique. Une méta-analyse largement citée (Nakamoto et Schwartz, 2010) conclut à un effet négatif robuste de la victimisation par les pairs sur la réussite scolaire. Autrement dit, un élève anxieux n’apprend pas comme un élève qui se sent en sécurité.
Les mécanismes expliquant ces effets sont bien documentés en psychologie de l’éducation. Une revue systématique (Moore et al., 2017) indique que les jeunes victimes d’intimidation présentent un risque nettement plus élevé de symptômes d’anxiété et de dépression. Or, le stress prolongé nuit directement aux fonctions exécutives, à l’attention et à la mémoire de travail — toutes essentielles aux apprentissages. Une méta-analyse publiée dans Educational Research Review (Gubbels et al., 2019) montre également que la victimisation par les pairs est associée à l’absentéisme scolaire et au décrochage. La violence scolaire n’est donc pas qu’une question de discipline : elle compromet directement la trajectoire éducative des élèves.
Mais les élèves ne sont pas les seuls à en subir les conséquences.
Les enseignants paient eux aussi le prix de cette situation. Les données de l’enquête internationale TALIS (OCDE, 2019) montrent que l’exposition à la violence verbale ou physique est associée à une augmentation importante du stress professionnel et à une intention accrue de quitter la profession. Des travaux en santé au travail confirment que la violence en milieu scolaire constitue un facteur important d’épuisement professionnel (McMahon et al., 2017). Au Québec, plusieurs rapports syndicaux indiquent qu’une proportion significative d’enseignants a été victime d’au moins un événement violent au cours des dernières années.
Dans un contexte déjà marqué par la pénurie de personnel, peut-on vraiment se permettre d’ignorer ces signaux ? Un enseignant qui travaille dans la peur ou dans l’insécurité ne peut pas enseigner efficacement. Les recherches sur le climat scolaire (Thapa et al., 2013) montrent qu’un environnement perçu comme insécurisant affecte non seulement le bien-être des élèves, mais aussi la qualité des interactions pédagogiques.
Il faut également avoir le courage de nommer certaines réalités. L’école joue un rôle fondamental dans la socialisation et l’éducation au respect. Mais les travaux longitudinaux en psychologie du développement montrent que les capacités d’autorégulation se construisent dès la petite enfance et qu’elles sont associées aux trajectoires scolaires et sociales ultérieures (Moffitt et al., 2011). Lorsque ces bases sont fragiles, l’école se retrouve souvent à gérer des situations complexes sans disposer des ressources spécialisées nécessaires.
Par ailleurs, la prévalence des troubles de santé mentale chez les jeunes a augmenté au cours des dernières années (Organisation mondiale de la santé, 2022). Les politiques d’inclusion scolaire, bien qu’importantes sur le plan éthique, nécessitent un soutien spécialisé adéquat pour fonctionner efficacement (Kauffman et Badar, 2018). Les enseignants ne sont ni formés ni mandatés pour intervenir seuls dans des situations de crise sévère ou de troubles graves du comportement.













