
Le silence sur le post-partum nous coûte des talents
TVA Nouvelles
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2026, je suis encore scandalisée, mais lucide et pas surprise devant les données rapportées par le Journal de l’assurance (9 février 2026) qui s’appuie sur Statistique Canada : près d’une mère sur deux vit des difficultés émotionnelles ou mentales pendant ou après la grossesse, et dans 60 % des cas, ces troubles apparaissent en post-partum.
Une femme sur cinq qui a besoin d’aide n’en reçoit pas. Et plus du quart des Québécoises ne sont même pas questionnées sur leur bien-être émotionnel...
Ces chiffres ne relèvent pas seulement de la santé publique. Ils parlent aussi de nos milieux de travail. Chaque année, des milliers de professionnelles compétentes reviennent d’un congé parental au moment même où elles traversent une transformation identitaire et psychologique majeure. Il ne s’agit pas simplement de reprendre un horaire ou de retrouver un rythme : cette période touche la confiance, la concentration, l’ambition, la projection professionnelle.
Pourtant, trop souvent, je constate que cette transition de la parentalité est traitée comme une affaire privée. Comme si, une fois le congé terminé, la parenthèse était refermée. On réintègre, on relance les dossiers, et on attend le même niveau de performance, sans reconnaître ce qui s’est réellement joué.
Cette posture a un coût. Elle fragilise la rétention des talents, freine l’accès des femmes aux postes de leadership et alimente un désengagement silencieux.
Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de quête d’équité, je trouve profondément paradoxal que l’on néglige l’un des moments les plus structurants d’une trajectoire professionnelle féminine.
Soutenir le retour de congé parental n’est ni une faveur ni un privilège – c’est un choix stratégique. Mettre en place un accompagnement structuré, former les gestionnaires à comprendre cette transition, offrir un espace réel de repositionnement professionnel : voilà des leviers concrets de performance et de fidélisation.
En ce 8 mars, si nous voulons parler d’égalité autrement que dans les discours, nous devons cesser de reléguer le post-partum à la sphère privée. C’est un enjeu organisationnel majeur qui exige une réponse assumée.
Donner la vie ne devrait jamais fragiliser une trajectoire professionnelle. L’ignorer, en revanche, affaiblit collectivement nos organisations.













