
Les régions ne sont pas votre hochet électoral
TVA Nouvelles
À quelques mois des élections québécoises, un phénomène prévisible se profile déjà à l’horizon. Les partis politiques, à la recherche de terrains fertiles, ont trouvé leur nouveau cheval de bataille : les régions du Québec.
Montréal est une île politiquement saturée, où chaque vote est âprement disputé depuis des décennies et où les positions sont largement figées. La santé et l’éducation sont devant une crise dont personne ne semble détenir la clé, les promesses s’accumulent, les coûts augmentent, les électeurs sont méfiants.
Alors, les apparatchiks se tournent vers les régions. Vaste, symbolique, indéfini, le concept est parfait pour une plateforme électorale.
Soyons honnêtes : il y a quelque chose de commode dans ce pivot. Si vous n’avez pas été capables de régler les urgences qui débordent ni les classes qui manquent de profs, qu’est-ce que vous voulez régler concrètement en région ? Les gens qui y vivent se posent la question. Et ils ne sont pas dupes.
Mais derrière les grandes déclarations sur le « Québec des régions », il faut poser les vraies questions.
Est-ce qu’on leur demande vraiment ce qu’elles veulent ? Pas les doléances qui remontent des bureaux de comté, mais les projets structurants dont elles ont besoin pour croître, retenir leurs jeunes, transformer leurs ressources en richesse durable. Les communautés, les travailleurs, les entrepreneurs, les familles qui ont choisi de rester ou de revenir ont une vision de leur territoire. Est-ce qu’on la leur a demandée ? Ça fait longtemps que l’on connaît la réponse.
Et surtout, qu’est-ce qu’on entend vraiment par « donner plus aux régions »? Trop souvent, le discours se résume à octroyer davantage de pouvoirs aux municipalités. C’est nécessaire, mais nettement insuffisant. Ce qu’il faudrait, ce sont des programmes économiques conçus à partir des forces réelles des territoires, et non des politiques nationales dont on espère qu’elles s’appliqueront tant bien que mal aux réalités régionales.
Une région dont l’économie repose sur la transformation des ressources naturelles n’a pas les mêmes besoins qu’une région dont la force est agricole ou touristique. Les programmes mur à mur, c’est souvent la meilleure façon de ne servir personne vraiment. Ce qu’il faut, ce sont des projets structurants ancrés dans ce que chaque territoire a de distinctif, pensés avec ceux qui y vivent... pas pour eux depuis un bureau à Québec.
Les régions du Québec ne manquent pas de ressources, d’idées, ni de gens déterminés. Ce dont elles manquent, c’est d’une vision nationale qui les traite comme des moteurs économiques à part entière, et non comme des territoires à compenser, à soutenir, à stabiliser. Il y a une différence fondamentale entre une politique régionale qui cherche à atténuer le déclin et une politique qui parie sur la croissance.













