
Est-ce que l’élève est devenu bénéficiaire de services sociaux?
TVA Nouvelles
Au fil du temps, l’école s’est progressivement transformée en prestataire de services sociaux. Bien plus qu’un lieu d’instruction – et on se demande si c’est là encore sa mission première –, elle fonctionne désormais comme un CLSC : psychologues, éducateurs spécialisés, psychoéducateurs, guides de l’élève, intervenants en toxicomanie et infirmières y sont maintenant légion.
Dans les dernières années, les postes de professionnels se sont multipliés, et l’on se plaint souvent de manquer de ressources pour les employer ou pour les retenir.
Peu à peu, la salle de classe s’est aussi transformée en espace de sensibilisation, que des organismes en tout genre revendiquent, empiétant ainsi sur le temps consacré à l’enseignement des disciplines scolaires. Les enjeux de société les plus variés y sont abordés : lutte contre l’intimidation, lutte contre l’homophobie et la transphobie, prévention de la violence, éducation sexuelle, hygiène dentaire, saines habitudes de vie, promotion du guide alimentaire, santé mentale positive, etc.
Cette transformation est symptomatique d’une modification profonde de la mission confiée à nos institutions scolaires. Là où l’école se concevait comme un lieu de transmission – de connaissances, mais aussi d’un cadre normatif partagé –, l’érosion de l’autorité culturelle ouvre désormais la voie à une autre logique : la gestion des comportements et des subjectivités, par la sensibilisation à différents enjeux de société et le développement de « compétences sociales et émotionnelles ».
Or, l’attention excessive portée sur le bien-être et l’épanouissement personnel pourrait bien avoir des effets contre-productifs. La professeure en psychologie Yulia Chentsova Dutton rappelle que nos émotions sont exacerbées par l’attention que nous leur accordons, ce qui peut mener à une plus grande détresse psychologique et une plus grande dépendance aux services.
Dans bien des cas, il vaudrait mieux les reléguer au second plan pour se consacrer à des activités plus constructives, comme l’étude, le travail, l’exercice.
Il ne s’agit pas de nier l’utilité ponctuelle d’un soutien professionnel pour certains élèves, mais la généralisation d’une approche thérapeutique en milieu scolaire déplace le centre de gravité de l’école : de l’instruction vers la sensibilisation, de l’exigence vers la prise en charge. En les rappelant continuellement à leur ressenti, puis en leur faisant intérioriser le vocabulaire de la psychiatrie, nous invitons les jeunes à se concevoir comme des êtres fragiles, vulnérables, et en continuel besoin de thérapie.
Cette centration sur soi encouragerait, par ailleurs, le développement de tendances narcissiques... ce qui nous conduit bien loin de l’idéal visé du citoyen empathique et émotionnellement équilibré.
Les gestes thérapeutiques à l’école sont souvent posés au nom d’un bien-être que l’on pose comme condition à l’apprentissage. Or, c’est là oublier que les jeunes des générations précédentes ont connu l’adversité sans que l’école ne se détourne de sa vocation première : l’instruction. Loin de nier les épreuves qu’ils vivaient, elle faisait le pari qu’en leur offrant un espace distinct, structuré, où l’on attendait d’eux qu’ils s’élèvent par le savoir, ils puiseraient les ressources nécessaires pour mener des vies autonomes et contribuer pleinement à la société.

Les témoignages se multiplient : enseignants bousculés, menaces proférées, crises incontrôlées, climat d’insécurité qui s’installe insidieusement. Ce que plusieurs constatent sur le terrain n’est ni exagéré ni anecdotique : la violence à l’école est devenue un enjeu structurel dont les conséquences dépassent largement l’incident ponctuel.












