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Il n’y a pas que le PQ qui fait fausse route!

Il n’y a pas que le PQ qui fait fausse route!

TVA Nouvelles
Wednesday, May 18, 2022 08:05:15 PM UTC

Dans une lettre d’opinion publiée mardi dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec, deux étudiants en économie ont reproché au Parti Québécois (PQ) de vouloir plafonner le prix de l’essence à 1,60$/L, ce qui causerait fort potentiellement une pénurie de la ressource, perspective que nous partageons avec eux. Là où le bât blesse, c’est lorsque ceux-ci se portent à la défense du statu quo gouvernemental, à savoir que celui-ci ne doit pas venir en aide aux familles québécoises.  

Plutôt que de vouloir donner du répit à la population et aux camionneurs de la province qui en pâtissent avec la hausse fulgurante du prix à la pompe, ces deux étudiants considèrent que la flambée des prix est une bonne chose, car elle pousserait les automobilistes à cesser d’utiliser leur véhicule. La transition énergétique est certainement à faire, et c’est pourquoi nous avons une taxe carbone au Canada et un marché du carbone au Québec; les taxes sur l’essence sont donc duplicatives et créent des distorsions non nécessaires. D’ailleurs, un ajustement graduel de la taxe carbone est davantage souhaitable, et ne nécessiterait pas la pérennité d’autres taxes duplicatives comme celles sur l’essence. 

Devant un taux d’inflation dépassant les 6,7%, comment peut-on sérieusement ne rien proposer à la population qui voit son pouvoir d’achat s’effriter au fil du temps? Soyons humains: des solutions existent bel et bien.  

Ce dont les Québécois ont besoin, c’est d’un peu d’air pour respirer, et le gouvernement en a le pouvoir en retirant non seulement le prix minimum à la pompe, mais aussi la taxe provinciale sur les carburants (essence et diesel), ainsi que la TVQ, qui, à elles seules, représentent près de 40 sous le litre sur un prix à la pompe de 2,15$/L. Cette mesure réduirait ainsi la facture de 20$ pour un plein hebdomadaire de 50 litres, au prix actuel. Ce serait donc plus de 1000$ annuellement qu’un consommateur épargnerait, et l’épargne serait la plus élevée dans les communautés rurales où le revenu par habitant est le plus faible. Sans compter que cette mesure diminuerait les prix des aliments et autres marchandises dont le coût est directement influencé par les prix à la pompe.  

L’art d’être déconnecté de la réalité régionale 

La proposition d’adopter plutôt les transports en commun et le vélo ne s’applique pratiquement que pour Montréal et en partie Québec, et est complètement déconnectée des réalités régionales. Les gens en région n’ont souvent pas d’autres choix présentement que d’utiliser leurs véhicules pour se déplacer, au travail ou à l’école, ce qui rend leur proposition inapplicable. Comme l’utilisation du véhicule est incontournable – près de 80% des ventes d’essence se font hors Montréal et Québec –, la demande pour le carburant en région est relativement inélastique, à savoir que peu importe le prix, les consommateurs sont conditionnés à en acheter. Peut-on réellement les blâmer?  

De plus, ces étudiants favorisent la voie des subventions aux voitures électriques pour venir en aide aux familles – ces mêmes familles qui ont contribué à l’achat de plusieurs Tesla à une classe bien nantie. Le gouvernement du Québec prévoit déjà d’augmenter la limite de prix éligible pour une subvention à 65 000$. Lorsqu’un individu est en mesure de se payer un véhicule à 65 000$ – soit près du double du salaire net moyen des travailleurs québécois – et reçoit une subvention, on peut légitimement se poser des questions sur les choix gouvernementaux. Sans compter qu’il en coûte à l’État plus de 400$ pour éviter l’émission d’une tonne de CO2 avec ces subventions, soit 8 fois plus dispendieux qu’avec la taxe carbone fédérale. 

Si le plafonnement du prix à la pompe demandé par le PQ n’est pas souhaitable, la proposition du statu quo des deux étudiants ne l’est guère plus. Faisons plutôt preuve d’humanisme envers la population québécoise devant cette «urgence économique» en retirant les taxes duplicatives, tout en misant graduellement sur des mécanismes plus efficaces comme la taxe carbone et le marché du carbone au Québec.

Miguel Ouellette, directeur des opérations et économiste à l’IEDM et chargé de cours en économie à HEC, et Gabriel Giguère, analyste en politiques publiques à l’IEDM 

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