
Budget 2026‐2027: quand le réseau public attend encore qu’on le répare
TVA Nouvelles
Chaque année, au moment du budget, on entend les mêmes mots : « responsable », « ciblé », « équilibré ». Cette année ne fait pas exception. Pourtant, quand on travaille dans le réseau public de santé, ou quand on y reçoit des soins, on sait que les mots ne suffisent plus. Ce qu’il faut, ce sont des gestes forts, des décisions courageuses, des investissements qui changent réellement la vie des gens. Et encore une fois, ce rendez‐vous n’a pas été pleinement saisi.
Je rencontre des professionnelles en soins partout au Québec. Elles me parlent de leurs patients qui attendent trop longtemps dans les salles d’urgence, des blocs opératoires qui ne fonctionnent pas à leur plein potentiel et de leurs équipes de travail, toujours trop petites pour répondre à la demande.
Elles parlent aussi de leur fierté : celle de soigner, d’accompagner, d’être présentes quand ça compte. Mais cette fierté ne peut pas compenser un réseau qui s’effrite. C’est précisément là que le budget aurait dû intervenir.
La première ligne est présentée comme une priorité, mais les investissements restent insuffisants pour la rendre réellement accessible et désengorger les urgences. Les professionnelles en soins, pourtant essentielles, demeurent sous‐utilisées. En misant sur l’expertise des infirmières praticiennes spécialisées, infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et autres professionnelles en santé, et en revalorisant les CLSC, le Québec pourrait enfin bâtir une première ligne forte et cohérente.
Il faut reconnaître certaines avancées. Le gouvernement répond en partie à la demande de couvrir la croissance des dépenses : la hausse de 4,1 % permettra au réseau de garder la tête hors de l’eau.
Des investissements sont aussi annoncés en soutien à domicile et en prévention, deux secteurs trop longtemps négligés. Ce sont des signaux positifs, à condition qu’ils se traduisent rapidement en actions concrètes. Miser sur la prévention est essentiel pour réduire la pression sur les hôpitaux et améliorer la santé de la population.
Depuis des années, nous le répétons : il faut des ratios sécuritaires. Il faut un nombre raisonnable de patients par équipe pour garantir des soins de qualité et protéger le personnel. C’est une question de dignité, de sécurité et de respect. Les ratios ont fait leurs preuves : ils attirent la main‐d’œuvre, valorisent le travail du « care » et réduisent les blessures. D’autres provinces ont choisi cette voie. Le Québec ne peut pas rester à la traîne.
Le gouvernement annonce aussi 167 milliards $ sur dix ans pour les infrastructures : hôpitaux, maisons des aînés, équipements, transformation numérique. Ces investissements sont nécessaires. Certains établissements sont dans un état tel qu’il devient difficile d’y soigner adéquatement. Mais au‐delà des annonces, il faut entretenir les bâtiments existants. Trop souvent, on privilégie les projets visibles, alors que les professionnelles en soins travaillent dans des installations vétustes.
Pendant ce temps, la privatisation continue de progresser. Les cliniques médicales spécialisées deviennent une solution par défaut pour réduire les listes d’attente, au prix d’un déplacement du personnel vers le privé. Cette approche fragmente les soins et affaiblit le réseau public.













