
Un plan de lutte à la pauvreté insignifiant
TVA Nouvelles
Le vendredi 21 juin dernier, à la veille du congé de la Fête nationale et plusieurs jours après la fin des travaux parlementaires, la ministre responsable de la Solidarité sociale, madame Chantal Rouleau, rendait public, sans tambour ni trompette et sans conférence de presse, le 4e «Plan d’action gouvernemental pour lutter contre la pauvreté». L’indifférence entourant la publication de ce document important pour des centaines de milliers de personnes pauvres au Québec n’aura eu d’égale que l’insignifiance de son contenu.
Quelques jours après le dépôt de ce plan de lutte à la pauvreté, des personnes assistées sociales qui militent à l’ADDSQM se sont réunies afin d’analyser son contenu. Le verdict fut sans appel: un plan de lutte anémique, rafistolé et sans ambition, comprenant une série de mesurettes, dont plusieurs sont carrément insultantes.
Des exemples? Le gouvernement annonce que les personnes assistées sociales pourront dorénavant garder 10% de leur gain de travail après le 200$ permis par mois. La ministre Rouleau ose affirmer que cela permettra une meilleure participation des personnes assistées sociales au marché du travail et permettra de consolider leur revenu. Quelle aberration! Au lieu d’être coupés à 100%, les travailleurs l’aide sociale le seront à 90%. Qui accepterait de travailler à un tel taux d’imposition?
Pour ajouter l’insulte à l’injure, le Plan de lutte va jusqu’à récupérer une revendication historique portée par le mouvement populaire en s’appropriant le slogan «une personne, un chèque», mais en le vidant de sa substance.
Alors que les groupes sociaux réclament depuis des lustres la fin de la notion de conjoint et de vie maritale à l’aide sociale, qui entraîne la diminution de plus de 30% du revenu du ménage, le gouvernement commet l’odieux d’annoncer le versement individuel des chèques, mais en maintenant les mêmes règles et montants concernant les conjointes et les conjoints. Diviser en deux le famélique chèque de 1224$ par mois reçu par deux personnes conjointes afin que chacune reçoive sa part est un détournement éhonté de la revendication.
Contrairement aux prétentions du gouvernement, ce n’est pas 612$ par mois qui viendra faciliter «la résolution de certaines problématiques pour l’un des conjoints, par exemple lors d’une situation de violence conjugale»...
Dans ce quatrième «Plan d’action gouvernemental pour lutter contre la pauvreté», il n’y a aucune mesure structurante qui viendra améliorer le revenu des personnes pauvres. À l’heure où le Québec est frappé par une crise sociale qui entraîne, entre autres, une augmentation de l’itinérance, une hausse fulgurante des loyers et un accroissement de l’insécurité alimentaire, rien ne viendra aider les personnes qui en subissent de plein fouet les conséquences.
Pourtant, deux semaines avant le dépôt, une motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale réaffirmait l’importance de combattre la pauvreté au Québec et demandait au gouvernement d’améliorer les conditions des prestataires des programmes d’assistance sociale à travers le Plan de lutte à la pauvreté.
N’était-ce que du vent? Le gouvernement caquiste se fiche-t-il de la lutte à la pauvreté? Pour l’ADDSQM, la ministre Rouleau doit corriger le tir. En priorité, elle doit améliorer le revenu des personnes assistées sociales. Élargir à toutes et à tous l’accès au Programme de revenu de base, un programme qui offre une prestation plus près de la couverture des besoins essentiels et un allègement significatif des règles punitives de l’aide sociale, serait un pas en ce sens.
