
Lincoln 1958-60 : rien ne va plus!
Le Journal de Montréal
« Rien ne va plus! », c’est l’expression dite par le croupier à la table de roulette alors que la bille est lancée. Eh bien, pour les Lincoln 1958-60, c’est doublement vrai. D’abord parce que Ford va jouer gros sur ces modèles. Ensuite parce que la compagnie va perdre, ce qui va amener Lincoln à deux doigts de la fermeture.
Alors que Cadillac vole de succès en succès dans les années 50, la situation est plus délicate pour Lincoln. Dans la première moitié de la décennie, l’image de la marque est floue et ses prix la placent plus en face de Buick, très populaire, que de Cadillac. Et les choses vont se compliquer encore plus dans la seconde moitié. Tout d’abord, l’apparition d’un nouveau concurrent alors que Chrysler introduit sa marque de luxe en 1955, Imperial. Ensuite, Ford lance un plan d’expansion très ambitieux dont le but est, à terme, de prendre à General Motors la première position du marché américain.
Pour cela, la marque prévoit l’introduction de deux nouvelles marques : Continental en 1956 (dont le premier modèle sera la Mark II), destinée à concurrencer les marques du plus haut standing, et Edsel en 1958, afin d’augmenter la présence de la compagnie dans le milieu de gamme. Ford procède au repositionnement de ses marques et c’est pour cela que, à partir du millésime 1956, Lincoln se retrouve en face de Cadillac (voir photo d’une Lincoln 1957 ci-dessous).
Le changement entamé par Lincoln semble porter ses fruits pour les années modèles 1956-57 puisque la production augmente nettement (voir tableau en fin de texte). Les autos ont un style inspiré par des véhicules concept : la Mercury XM-800 de 1954 (voir photo ci-dessous) et la Lincoln Futura de 1955 (qui servira de base à la future Batmobile). C’est pour cela que, dans un premier temps, John Najjar, le nouveau directeur du design de la marque, envisage que le style des Lincoln 1958 soit une évolution du thème des 1956-57.
Najjar est rentré chez Ford en 1936 comme apprenti machiniste. Un jour qu’Henry Ford lui-même lui demanda s’il était satisfait de son travail, il lui répondit qu’il préfèrerait dessiner des voitures... et c’est ainsi qu’il fût muté au département de design nouvellement créé. Il fera toute sa carrière chez Ford et travaillera notamment sur le concept Mustang I de 1962 et créera le logo de la Mustang de série.
Najjar va faire face à un écueil dans le développement des Lincoln 1958. Le directeur général de la division, Ben Mills, lui demande de faire des autos plus longues, plus grosses et qui se démarquent clairement des Cadillac et des Imperial, avec une personnalité bien marquée. Il faut repartir de zéro et trouver une nouvelle thématique. C’est Elwood Engel, futur directeur du design de Chrysler et assistant de George Walker (directeur du design de Ford), qui va pousser l’idée d’utiliser un véhicule concept déjà existant comme point de départ. Dénommé La Tosca (voir photo ci-dessous), il s’agit en fait d’un modèle radiocommandé à l’échelle 3/8e. Ford utilisera cette technique sur plusieurs concepts pour tester ses idées en trois dimensions mais sans dépenser les sommes nécessaires à un modèle pleine grandeur.
Le concept est signé Alex Tremulis, un designer de grand talent qui aura travaillé pour de nombreuses compagnies (dont Auburn-Cord-Duesenberg, Briggs, GM, Kaiser-Frazer et même l’armée de l’air). Son plus haut fait d’armes est certainement le style de la fameuse Tucker Torpedo 1948. Il entrera chez Ford en 1952, où il prendra la direction du studio de design avancé. Là, il réalisera plusieurs prototypes, dont le Gyron qui roule sur deux roues et qui est stabilisé par un gyroscope. Il quittera Ford en 1963 pour monter son propre bureau de design (il signera entre autres les lignes de la Subaru Brat de 1978).

Je voudrais répondre et aider cette dame qui cherchait comment meubler sa solitude. Je lui signalerai d’abord que l’effort de sortir de chez elle, c’est à elle de le faire en premier lieu, car personne ne viendra la chercher dans sa maison. Et comme plein d’activités sont offertes au Québec, elle devrait y trouver son compte.


