
Sans la loi 101 au cégep, Montréal continuera de s’angliciser
Métro
LETTRE OUVERTE – Monsieur le Premier ministre, Le Mouvement Québec Français, que j’ai l’honneur de présider, aura bientôt 50 ans. À sa fondation, je venais à peine de célébrer mes… moins 16 ans. J’en ai aujourd’hui +34. Cela fait environ une décennie et demie que je consacre ma jeunesse à l’avancement du français. Comme tous les acteurs sérieux de ce combat vital, j’ai réalisé tôt dans mon engagement que faute d’appliquer la loi 101 au cégep, le Québec français, comme pôle d’appartenance commune, est condamné d’avance à déchoir au profit de l’anglosphère.
Pendant longtemps, cette revendication fut reçue à la manière d’une idée suspecte, «radicale»…
Les collèges de langue anglaise dans l’île de Montréal captent aujourd’hui la moitié (!) des effectifs préuniversitaires de la région et… 95 % (!!) de leur croissance.
Certains auront trouvé astucieuses les dispositions du projet de loi 96, visant le plafonnement de la clientèle du réseau anglais… Selon les projections, la méthode proposée n’apportera pourtant aucun changement tangible à la dynamique linguistique de l’éducation supérieure à Montréal, ni à court terme, ni même à long terme.
Par ailleurs, on apprenait récemment que les collèges anglomontréalais servent désormais une majorité d’allophones. Or, rappelons que 72 % (!!!) des allophones fréquentant ce réseau feront ensuite profession dans la langue de Durham. Le projet de loi 96 ne stoppera pas non plus ce phénomène. Et l’idée d’imposer l’épreuve de français aux finissants «allos» et «francos» des cégeps anglais n’améliorera guère davantage, en soi, la vitalité institutionnelle de notre langue commune.
Le dégivrage du débat sur langue, après des années d’hibernation, aura permis aux voix pro cégep français d’enfin se faire entendre plus clairement. Cela, au grand dam des partisans forcenés du statu quo.
Ainsi, contrairement aux inepties trop souvent entendues en la matière, 1) la majorité des cégépiens sont mineurs au moment de leur inscription. 2) La majorité des étudiants au cégep anglais sont déjà bilingues avant même d’y mettre les pieds, sans compter qu’ils ressortissent à l’une des populations les plus anglobilingues de la planète. 3) La question qui nous occupe n’est pas tant celle du «libre-choix», mais bien de savoir qui donc devrait acquitter la facture de ce «libre-choix» : la collectivité ou l’individu qui l’exerce ? 4) Dans l’écrasante majorité des sociétés linguistiquement normales, un tel «libre-choix», financé à 100 % par l’État, n’est tout simplement pas pensable, car l’instruction publique s’y offre, tout simplement, dans la langue nationale. 5) Ce n’est pas parce que la mondialisation se fait en anglais qu’il faut s’angliciser comme nation.
