
Chronique, Protection du caribou : incohérences et enjeux de justice
Radio-Canada
Pourquoi l’État est-il conciliant avec les intérêts industriels mais coercitif envers les chasseurs innus?
Les images publiées depuis quelques jours, dans les réseaux sociaux et dans les médias, de plus de 300 caribous abattus, gisant sur la glace, en ont choqué plusieurs. La scène a pu sembler irréelle dans un contexte où on nous répète depuis plusieurs années que le caribou est en danger de disparition. En fait, il s’agit d’une chasse communautaire, pratiquée par des chasseurs innus qui parcourent des dizaines de kilomètres pour rejoindre le troupeau de la rivière aux Feuilles. Ce troupeau migratoire comprend environ 147 000 caribous. Cette chasse communautaire se pratique depuis plusieurs années et permet à l’ensemble des familles de Matimekush-Lac-John d’avoir accès à cette ressource capitale dans cette région du Nitassinan. Il faut savoir que l’autre troupeau, celui de la rivière George, était celui convoité par les Innus de Matimekush-Lac-John auparavant. Par sa proximité avec la communauté, la plupart des membres pouvaient aller le chasser eux-mêmes. Ainsi, chaque famille chassait quelques caribous pour combler ses besoins alimentaires. Mais cette pratique ancestrale s’est arrêtée brusquement lorsque le troupeau de la rivière George est passé de 800 000 têtes à la fin des années 1990 à moins de 13 000 aujourd’hui. Cette situation a forcé les Innus à trouver une alternative rapidement afin de pouvoir continuer leur mode de vie, qui consiste notamment à se nourrir de la viande du caribou. La solution a été négociée entre la Nation crie et la Nation innue. En effet, les deux nations se sont entendues pour qu’une chasse communautaire puisse avoir lieu avec le troupeau de la rivière aux Feuilles, sur un territoire qui chevauche le Nitassinan Innu et le Eeyou Istchee Cri.













