
Pourquoi gagner fait autant de bien
Le Journal de Montréal
Malgré notre potentiel de coopération, notre cerveau et notre culture sont aussi programmés pour la compétition. Gagner est une grande source de satisfaction qu’il faut gérer avec soin en répandant ses bienfaits largement et en évitant de multiplier les perdants.
Trouver de l’argent de façon inattendue. Réussir un défi. Obtenir une approbation pour une demande ou une suggestion. Gagner est très satisfaisant. C’est une émotion positive qui nous signale que nos efforts peuvent conduire à des succès, des avantages ou du pouvoir.
Gagner signale que notre sort s’améliore. C’est une source de motivation qui réduit notre stress, et qui augmente notre confiance en soi et notre plaisir.
Hélas, dans la sphère sociale, gagner provient souvent d’une compétition sociale qui produit aussi des perdants ou des victimes. Nous argumentons pour faire approuver nos perceptions des situations. Nous relevons les torts et les erreurs des autres plus que les nôtres, car ça fait du bien. Les médias sociaux ont décuplé les occasions de se comparer, se corriger, s’insulter ou se dénigrer.
La compétition sociale a des racines profondes dans l’évolution. Les primates apprennent rapidement les rapports de force. Des grognements aux grimaces et postures intimidantes, leurs interactions sont parsemées d’actions visant à défendre leur place ou leur pouvoir.
Notre cerveau a au moins deux systèmes d’agressivité distincts.
Notre agressivité défensive nous fait réagir directement aux souffrances, aux affronts et aux menaces par l’irritation ou la colère. En contraste, notre agressivité compétitive, elle, nous sert à prendre notre place à plus long terme, à nous affirmer et à obtenir notre part. Une part importante de notre vie est consacrée à améliorer notre sort (avantages, succès, pouvoir) ou à défendre notre place (image, statut).
Les enfants sont souvent moins inhibés que les adultes dans la compétition sociale. Ils sont facilement envieux, indignés ou revendicateurs. Ils détectent vite les injustices et les inégalités. Ils apprennent rapidement à influencer, critiquer et insulter.
Le niveau de compétition sociale dans un groupe dépend de nombreux facteurs. Un ado plein de testostérone peut devenir plus direct ou plus malveillant envers une personne plus vulnérable (personne âgée, femme, enfant plus jeune) pour impressionner ses amis ou pour reprendre du pouvoir après une rebuffade. Un employé qui manque de reconnaissance a souvent moins envie de coopérer ou de faire des efforts, et a plus envie de critiquer.
